“Petite fille”, un film bouleversant sur la transidentité

“Petite fille”, c’est l’histoire de Sasha,assigné garçon à la naissance mais qui se vit comme petite fille depuis l’âge de 3 ans. Le film suit son quotidien, le questionnement de ses parents, de ses frères et sœurs. Mais avec en point de mire, l’incessant combat que doit mener sa famille pour faire comprendre sa différence. Courageuse et intraitable, Karine, la mère de Sasha mène une lutte sans relâche. Elle est portée par un amour inconditionnel pour son enfant. Sans pathos, ni voyeurisme, la caméra de Sébastien Lifshitz se pose sur Sasha, évitant les clichés et la caricature, sur ce sujet qu’est la transidentité en 2020.

“Petite Fille”, Sébastien Lifshitz

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Si Sébastien Lifshitz réalise ici, ce film documentaire sur Sasha, il n’en est pas pour autant à son coup d’essai. En effet, ce cinéaste a réalisé, “Bambi”, un documentaire sur cette figure emblématique de la nuit parisienne des années 1960. Avec en filigrane, la parole de Marie-Pierre, femme née dans un corps assigné homme. Bambi, c’est un regard dans le rétroviseur, d’un temps où la transidentité était encore répertoriée en tant que maladie mentale.

Sébastien Lifshitz au travers de ses films, évite les clichés, et se positionne toujours avec subtilité. Il traduit avec justesse le quotidien de ses personnages, sans jamais aucune lourdeur.

Un regard sur la culpabilité de la mère, et à l’importance du soutien familiale

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Si ce film nous montre l’importance du soutien de la famille, il questionne aussi sur l’avancée des mentalités en 2020. Dans ce film, on voit bien que toute la famille de Sasha l’a soutient. Pourtant, si Sasha n’arrive pas à se sentir définitivement comme fille, c’est à cause de l’école. L’école doit avant tout, être un facteur de socialisation. Elle doit montrer l’exemple en acceptant les différences par exemple, et en ne mettant personne de côté. Mais dans ce documentaire, l’école mets des obstacles à Sasha. Elle rappelle sans cesse, qu’elle est née ” garçon”, et n’a donc pas à agir autrement. Elle ne s’habille pas comme elle veut, n’a pas le pronom possessif “elle”, qu’elle voudrait tant avoir, ni la trousse et le cartable de ses rêves… Tout est fait pour lui rappeler sa condition et freiner son épanouissement.

Un manque cruel de psychologie extra familial

Quand Karine essaie d’expliquer au directeur de l’école que Sasha souffre de dysphorie de genre (terme médical qui décrit la détresse de la personne transgenre face à un sentiment d’inadéquation entre son sexe assigné et son identité de genre), il ne veut pas y croire. Il prétend alors que, sans aucune preuve scientifique, aucun effort ne sera fait pour que Sasha se sente mieux. A l’école, pour parler de Sasha ses ami(e)s utilisent “il”, à la piscine, sasha ne peut mettre un maillot de bain de fille…

Son institutrice l’enferme dans ce carcan sociétal qui est de dire ” tu es né comme ça, alors tu dois être comme ça, et pas autrement”.

Pourtant, à part le sexe M inscrit sur sa carte d’identité, personne ne distinguerai la différence entre le petit garçon qu’est Sasha mais la petite fille qui l’habite.

Elle n’est pas encore au moment de la puberté…Elle pourrait vivre telle une petite fille sans mal, du moins durant l’enfance. Alors pourquoi ce besoin de détruire ses idéaux si brutalement, l’empêcher de vivre l’enfance dont elle rêve, quand, ce que souligne Karine, elle aura toute la vie pour en souffrir.

Les scènes marquantes qui montrent que pour que les mentalités évoluent, il reste beaucoup de progrès à faire

Sébastien Lifshitz a capturé quelques moments marquants. Il montre alors avec violence (verbale , dans le récit des faits) que les mœurs ont encore besoin d’être bousculés, et que les mentalités ont malheureusement, pour certains, peu évoluées.

Après une bataille d’un an, et sous couvert d’un “certificat” médical, assurant la dysphorie de genre de Sasha, et prouvant alors que ce n’est pas une “lubie”, Sasha pourra faire sa prochaine rentrée en fille. C’est une grande victoire qui ne fut pas sans efforts… Mais alors que l’espoir renaît en Sasha, un évènement vient faire s’écrouler cet idéal. Sasha pourra t-elle vivre un jour comme elle se sent au plus profond?

Quand Sasha veut s’inscrire à la danse, Karine tente d’expliquer au professeur sa situation.Elle fait alors face à l’incompréhension de cette femme russe, et plus encore , à son mépris. En effet, elle refuse Sasha au cours de danse, le criant haut et fort devant tout les parents, et poussant Sasha, alors en pleurs, en dehors de la salle, lui claquant la porte au visage. Une scène d’une violence extrême qui détruit Sasha et brise tout ses espoirs.

L’école n’est pas plus clémente. Les premières fois où Karine tente d’expliquer cette situation, on lui fait comprendre que c’est de sa faute si son enfant a un “problème”.’ Elle a dû mal faire les choses… On l’envoie voir un psychologue scolaire qui lui répète que c’est de sa faute et que ce n’est pas normal, qu’elle a dû montrer le mauvais exemple…En fait, le problème de la dysphorie de genre est totalement renié. Il est remplacé par un semblant de culpabilité qu’on essaie de lui décalquer.

Un film transcendant qui donne à réfléchir

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Ce film n’est aucunement voyeur, mais aborde le quotidien de Sasha avec beaucoup de pudeur puisque la violence des réactions hostiles demeure hors champ. La musique est la danse y sont des éléments essentiels.

Tout se passe à travers le regard de Sasha, qui, sans en dire trop, justifie ses émotions intérieurs avec une grande force, on y lit ainsi facilement le désarroi, l’injustice et l’incompréhension. Sans parler, Sasha nous fait entendre sa colère.

Ce film, récompensé lors du Festival de Berlin 2020, n’est pas une ode à la différence. Ce n’est pas quelqu’un qu’il faudrait aimer malgré son, handicap…C’est le combat d’une famille face à l’institution scolaire pour faire tomber les barrières et faire évoluer nos certitudes sur ce qui fait le genre. Peu à peu, Karine passe de la culpabilité à la fierté, car oui, Sasha est une fille, il n’y a pas de doute, la question ne se pose même pas, mais non seulement c’est une fille, mais elle est épatante, et saura vaincre par sa force et son caractères tous les préjugés.

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