LE BLOB, UN GÉNIE SANS CERVEAU ?

Le blob qui fascine chercheurs et grand public, désormais observable au zoo de Paris.

Une créature “capable de revivre si on le place au micro-onde”

En apparence, cette créature ressemble à une omelette géante; presque irréelle, on croirait à une image de synthèse. Plus encore, elle semble tout droit sortie d’un film de science-fiction. Le « blob » tire d’ailleurs son nom du film du même nom, dans lequel Steve McQueen se bat contre un extraterrestre géant et gluant qui grossit à chaque fois qu’il avale quelqu’un. 

Et pourtant, l’habit ne fait pas le moine ! Malgré les apparences, le blob est bel et bien inoffensif et même très important pour son environnement naturel. Alors qui est-il ? Le « Physarum polycephalum » (son nom scientifique) n’est ni une plante, ni un animal et encore moins un champignon. C’est un être unicellulaire qui respire, avance, mange et se reproduit de façon perpétuelle. Il n’a pas de cerveau, pas de neurones. Plus fascinant, il semble aussi capable de revivre si on le place au micro-onde. Étonnant ? Pas pour le blob. 

UNE FASCINANTE CRÉATURE QUE L’ON PENSAIT ÊTRE UN CHAMPIGNON

Cet organisme existerait sur Terre depuis au moins 500 millions d’années. Pour comprendre comment cet être si bizarre a été découvert, il faut remonter en 1973, au Texas. Un matin, Marie Harris découvre dans son jardin ce qu’elle pense être un champignon. Cependant, deux semaines plus tard, il faisait seize fois sa taille. 

Prise de panique, elle fait alors tout pour s’en débarrasser mais la mystérieuse chose semble toujours résister. Marie la découpe en morceaux, la bête cicatrice; son mari le frappe à coups de hache, il en sort un liquide rouge mais le blob survit. Même lorsque les policiers lui tirent dessus, il survit aux balles. Quoi que l’on fasse, la mystérieuse créature survit. 

Le Physarum polycephalum observé au microscope.

UNE ESPÈCE (PRESQUE) IMMORTELLE QUI N’A PAS FINI DE NOUS ÉTONNER

Mais alors, comment la tuer ? Si le blob semble immortel, il est cependant destructible quand il est sous forme de plasmode, de masse molle… La lumière peut le tuer, dénaturer son ADN. Si on le garde longtemps sous cette forme, il vieillit ou grandit moins vite et devient plus fragile. 

En revanche, il est capable d’entrer en dormance si les conditions sont défavorables, s’il est privé d’eau ou de nourriture. Il passe alors sous forme de sclérote, une structure rigide, très sèche. Pendant cette dormance, il se régénère. « Dans cet état, il est quasiment immortel… On peut même le mettre au micro-ondes quelques minutes ! », s’exclame Audrey Dussutour, docteur au Centre de recherches sur la cognition animale au CNRS.

Ainsi, si on s’en occupe bien et si on l’endort régulièrement, on peut le garder toute sa vie. Il suffit de le réveiller en versant un peu d’eau dessus. Facile non ? 

DE QUOI EST-IL COMPOSÉ ET DE QUOI SE NOURRIT-IL ?

Après plusieurs analyses en laboratoire, on découvre que cette chose est dotée d’une seule cellule pouvant atteindre plusieurs mètres de diamètre. Au début de sa vie, elle mesure 50 micromètres mais dans de bonnes conditions, chaque jour, sa taille peut doubler.

Plus de mille espèces ont été identifiées à ce jour : rond, arborescent, informe, rose, jaune, noir… on le retrouve sous toutes les formes. En laboratoire, les scientifiques le nourrisse de flocons d’avoine et même d’oeufs. 

Pour la reproduction, il n’y a pas un mâle ou une femelle, mais plus de 720 types sexuels chez le blob. Il a donc de grandes chances de pouvoir trouver chaussure à son pied.

UN ÊTRE DOTÉ D’UNE MÉMOIRE EXTRAORDINAIRE 

Malgré son absence de cerveau et de neurones, cette mystérieuse créature est capable d’apprendre mais également transmettre des connaissances à d’autres congénères.

Une expérience étonnante menée au Japon par le chercheur Toshiyuki Nakagaki a montré que le blob pouvait s’en sortir dans un labyrinthe, sans nourriture à la sortie. Il a avancé et a infiltré toutes les pistes du dédale. Ensuite, le scientifique a déposé de la nourriture à la sortie du labyrinthe. Le blob a alors résorbé tout le réseau présent dans les pistes inutiles et est resté actif sur la seule voie qui mène à la sortie, et à la récompense. Un exploit !

Audrey Dussutour observant le blob dans son laboratoire.

UN AVENIR POUR LA MÉDECINE ET POUR L’ÉCOLOGIE

Le blob semble alors un bel espoir pour l’avenir. « Il se nourrit de bactéries et de champignons, il est donc fort probable qu’il sécrète des antibiotiques et des fongicides qui pourraient nous être utiles. Son système veineux peut également nous aider à comprendre comment se développent les tumeurs, et en particulier comment fonctionne leur vascularisation. Il a aussi de forts pouvoirs de cicatrisation et de régénération ! » décrivait Audrey Dussutour. 

Intelligent, le blob est aussi nécessaire à l’écosystème des forêts et sous-bois. Il mange des bactéries, des champignons et les recycle en nutriments utilisés, ensuite, par les plantes. Aussi, il pourrait servir à repérer des polluants tels que des métaux lourds car il est capable de détecter de nombreuses molécules. Il pourrait les accumuler et surement les éliminer. 

Alors, pourquoi ne pas adopter un blob, animal de compagnie sans contrainte ? Pas besoin de l’emmener avec soi pendant les vacances, il suffira juste de l’endormir. 

Pour en savoir plus :

https://youtu.be/Cl8wmM1XNwA, un reportage Arte de 28 minutes dans lequel Audrey Dussutour explique tout. 

https://youtu.be/3tGOQf4c_Lw, un reportage Le Monde d’une dizaine de minutes. 

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