Jean Claude Carrière, l’insaisissable scénariste du 21ème siècle


Jean Claude carrière est né en 1931, le 7 septembre, dans l’Hérault, plus précisément à Colombières-sur-Orb.
Ecrivain, scénariste, parolier, metteur en scène et acteur français, il se définit comme un conteur.

Afficher l’image source

Le métier de conteur “a plus qu’une place de pur divertissement”. “Le conte est originel sous sa forme mythique, du conte des origines”. La société, les individus se transmettent cela, en ont besoin.

“Je suis né dans une famille sans livres et sans conteurs. Je le suis devenu par un mélange de hasard, de vocation, de don et de travail”

Jean Claude Carrière, un aventurier des scènes et des publics

A lire : Bacri, l’éternel ronchon : hommage à un acteur hors pair

Jean Claude C au cinéma

Entre Luis Bunuel, Jacques Deray , Alain, Corneau , Philippe de Broca , Pierre Etaix ou encore Patrice Chéreau, en passant par Haneke, Godard ou Wajda,il travailla avec bon nombre de réalisateurs. Scénariste du film “La Piscine”, chef d’oeuvre cinématographique de Jacques Deray, réalisé en 69, avec Schneider et Delon, ou encore “Belle de Jour” avec Catherine Deneuve, il fut un immense scénariste.

Puis Parolier

Le cinéma ne fut pas son seul terrain. Il a également écrit pour de grands noms de la chanson française comme Juliette Gréco, Brigitte Bardot ou encore Jeanne Moreau. “J’ai travaillé toutes les formes d’écriture”, disait-il. “Je pense que je possède un bon arsenal. Il y a quelque chose en moi qui se satisfait d’être au service d’un auteur, de se couler dans sa pensée, de l’adapter au mieux. Je n’ai pas d’ego.”

Et puis à la télévision, et au théâtre


Il s’est également essayé dans l’exercice complexe de l’écriture des séries, à la télévision, mais aussi des téléfilms (Bouvard et Pécuchet, Galilée ou L’amour de Dieu, Les Thibault…).
Le théâtre le côtoie également. Il a ainsi adapté ou écrit des pièces pour Jacques Lassalle (La Controverse de Valladolid), Bernard Murat (Audition, La Preuve) ou encore  Jean-Louis Barrault (Harold et Maude) et Peter Brook (Le Mahabharata, La Tempête, etc.)


Son travail avec le metteur en scène Peter Brook qu’il mène depuis 23 ans est essentiel pour lui. Ainsi, la pièce de neuf heures “Le Mahâbhârata”, il confie qu’il ne l’aurait jamais écrite sans lui.

“Le travail que j’ai fait avec Peter Brook est primordial en ce qui me concerne. C’est peut-être le plus difficile et le plus abouti de tout ce que j’ai fait.”

Mais plus que la scène, l’écriture le travaille. Il écrit son premier roman “Lézard”, en 1957, le début d’une grande lignée.
Un des derniers, qui vient de paraître, s’intitule “La vallée du néant” .Le métier d’écrire, il dit l’apprendre encore “tous les jours” car il n’y a pas de recettes, “on ne peut jamais savoir”.

“Le livre “La vallée du néant” est une promenade. A vrai dire, je m’étais mis en tête à ne pas savoir quand j’écrivais un chapitre, quel chapitre viendrait après, de le faire dans un certain désordre, comme une promenade au hasard”

Multi récompensé et sous le feu des projecteurs

Afficher l’image source


Jean Claude carrière a été de nombreuses fois récompensés dans divers domaines  et a reçu notamment :

-2 Oscar : Oscar d’honneur en 2015 et Oscar du meilleur court-métrage de fiction pour Heureux Anniversaire (1961) de Pierre Etaix,
– 1 César pour le meilleur scénario original pour le Retour de Martin Guerre (1982) co-écrit avec le réalisateur Daniel Vigne,
– 1 Prix spécial du Jury court-métrage du Festival de Cannes pour son film La Pince à ongles (1969),
– 3 BAFA (British Academy Film Award) : BAFA du meilleur scénario pour L’Insoutenable Légèreté de l’être (1988) co-adapté avec le réalisateur Philip Kaufman, BAFA du meilleur scénario pour Le Charme discret de la bourgeoisie (1972) co-écrit avec le réalisateur Luis Buñuel, BAFA du meilleur court-métrage pour Heureux Anniversaire,
– 1 Molière pour l’adaptation de la pièce de théâtre La Tempête de William Shakespeare par mise en scène Peter Brook.

Conteur, je préfère me dissimuler derrière des personnages”

“Aucune expression n’est individuelle. Toute expression provient de la collectivité dans laquelle vit un auteur, inévitablement. Même s’il essaye de se renfermer, de se couper, quelque chose lui viendra du monde. On ne parle jamais seul. Je crois que l’idée très fin 19ème de l’auteur enfermé dans sa petite chambre et qui exprime son univers, comme on exprime un jus de citron, et qui par la fenêtre ouverte transmet son petit univers – ou grand univers dans le cas de Proust – au reste du monde, cette image de l’auteur aujourd’hui ne nous convient plus. Le monde nous a rattrapés. Le monde a pénétré dans notre chambre si capitonnée qu’elle soit et inévitablement, notre voix devient la voix de tous.”

Pour Jean-Claude Carrière, “Shakespeare est le conteur suprême” car on aura beau passer toute notre existence à lire ses pièces, on ne saura “jamais rien sur lui”, “il a finalement disparu” derrière ses textes.

Qu’en restera t-il ?

En hommage au scénariste mort le 8 février, plusieurs chaînes diffusent certains des films qu’il a écrit. D’autres plateformes proposent des oeuvres comme MyCanal, la cinetek ou encore Netflix.

Ainsi on peut retrouver plusieurs films sur arte.tv comme l’ombre des femmes  , un  triangle amoureux dans l’univers dépouillé de Philippe Garrel, qui rend ici hommage au courage des femmes et à leur intelligence du cœur. C’est la Première collaboration de Jean-Claude Carrière avec Garrel.

L’amant d’un jour, de Philippe Garrel (2017) est également là.
Une jeune fille, en plein chagrin d’amour, trouve refuge chez son père, qui vit avec une femme du même âge qu’elle…

Sur Mycanal on retrouve : L’Homme fidèle, de Louis Garrel (2018)
Un homme retrouve son ex-compagne, devenue veuve. Il renoue avec elle, mais le fils de cette dernière lui fait des révélations inquiétantes. Louis Garrel demande à Jean-Claude Carrière de marier marivaudage burlesque et film d’angoisse, en explorant les liens du sang

Et sur Netflix , At Eternity’s Gate, de Julian Schnabel (2018)
Biopic de Van Gogh en forme de rêverie poétique. Les saisons passées à Arles par le peintre (Willem Dafoe), à la fin de sa vie, l’amitié avec Gauguin (Oscar Isaac), la relation fusionnelle avec le frère Théo, la malveillance des « braves gens », la solitude, les parages de la folie et les éblouissements face à la nature donnent autant de scènes inspirées

Jean Claude Carrière s’est donc éteint ce 8 février 2021 à 89 ans

“Je ne crois pas du tout savoir quelque chose après ma mort, ça je n’y compte pas ! Je sais qu’il y a des millions de gens qui croient que la mort est le début d’une autre vie, ce n’est pas mon cas. Pour moi la mort est la fin de la vie, point. Mais s’il y a autre chose, tant mieux !”

Total
1
Shares
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *