Anne Sylvestre, une chanteuse engagée, pour les petits comme pour les grands

Si Anne Sylvestre est connue pour ses “fabulettes” ou beaucoup pour sa chanson” les gens qui doutent”, elle est bien plus que ça. Anne Sylvestre, c’est la chanteuse qui nous fait rire, et surtout réfléchir… Celle qui nous montre avec le sourire, qu’il faut se battre encore un peu, mais qu’on va réussir.

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 D’Anne-Marie Thérèse Beugras à Anne Sylvestre

Anne Sylvestre est née à Lyon en 1934, d’un père bourguignon et d’une mère alsacienne. Une enfance heureuse et de très bon résultats scolaires, même un prix d’excellence… Ca s’est gâté par la suite quand on m’a prêté une guitare et que j’ai fait des chansons au lieu de traduire Virgile…”

Une guitare à la main, elle commence alors à chanter dans des cabarets. En novembre 1957, Michel Valette l’auditionne au cabaret de la Colombe, et l’engage aussitôt. D’ailleurs, c’est cette même scène qui a connu Guy Béart, Pierre Perret ou encore Jean Ferrat. C’est parti. Parti pour 60 ans de carrière sans interruption. Une vingtaine d’albums et 18 albums de fabulettes plus tard, vous avez la discographie d’Anne Sylvestre.

Son premier disque, un 17cm, sort en 1959. C’est avec ‘Mon mari est parti” qu’elle est véritablement remarquée. Elle enchaînera ensuite les disques. Elle reçoit d’ailleurs le prix de l’Académie Française en 1960. Promise à l’enseignement, il a suffit qu’une amie prête sa guitare, et ce fut le début d’une grande carrière.

Une histoire familiale lourde, qui contribue à faire d’elle une chanteuse engagée

Si Anne Sylvestre décrit son enfance comme “heureuse”, elle n’en fut pas moins tourmentée par la guerre. La mère d’Anne Sylvestre est embarquée par son mari aux discours d’Hitler, sans pour autant y adhérer forcément. Anne Sylvestre perds son frère Jean, au cours de bombardements, puis Paul, quelques années plus tard, celui ci à peine âgé de 30 ans.

Son père est, comme elle a pu l’expliquer lors d’une interview donnée pour France culture en 2002, sous l’influence d’un leader. D’ancien communiste il passe à fasciste. Incarcéré pour collaboration, cela a laissé des blessures profondes à Anne Sylvestre. Elle en fera une chanson ” Roméo et Judith”. Elle y décrit le fait d’être jugé comme ” fille de”, et de ne pas être reconnue à sa juste valeur.

Dans cette chanson, elle chante la honte d’avoir à porter un héritage idéologique qu’elle ne partage pas, et les humiliations subies, ainsi que la honte. “Je ne suis loup que de naissance, je ne le suis pas dans le cœur” écrira t-elle, ou encore” Je veux bien prendre mes remords – sur moi la honte s’accumule”, preuve que l’on peut parfaitement se dissocier de notre passif familial et que ce n’est pas obligatoirement un héritage. Bref, la musique l’a aidé à se construire dira t-elle, ou plutôt à se reconstruire.

Ses chansons engagées

En 1973, Anne Sylvestre devient productrice indépendante. S’en suit alors beaucoup de chansons telles ” non tu n’as pas de nom”, appelée de manière assez réductrice d’ailleurs, chanson sur l’avortement. Cette chanson a vu le jour 2 ans avant la loi Veil. Elle raconte la souffrance d’une femme ayant eu recours à l’avortement. Elle y défend l’avortement, et explique que non, ce n’est pas simple pour une femme. A une époque où on clamait que c’était un crime, même si on peut encore l’entendre aujourd’hui, Anne Sylvestre explique ici, ” qu’il y a bien deux victimes”.

Xavier:

Xavier, c’est une histoire vraie, qui lui a été contée par son amie. Un petit garçon qui langeait et berçait son ourson, imitant sa mère s’occupant d’un bébé. Plus tard, on lui a dit que cette chanson avait aidé beaucoup d’homosexuels à s’assumer.

Mais Anne Sylvestre n’a jamais été sous aucun drapeau. Elle faisait des chansons, qui lui plaisaient avant tout. Pas spécifiques à une cause. Mais, comme elle le disait si bien” les chansons, c’est fait pour ça, pour avancer, pour faire comprendre aux gens certaines choses qu’ils ont du mal à encaisser… pour faire regarder au spectateur la société et lui mettre le doigt sur ses retards, sur ce qu’elle doit faire pour encore s’améliorer.

Et puis il y a eu Clémence. ‘Clémence en vacances’, l’histoire d’une femme qui décide de tout lâcher (“la maison le, ménage, le linge et les commissions”), et de ne plus rien faire…Elle chante le ras le bol d’une femme au foyer, prônant le fait que, peut-être, un jour, ” toutes les Clémence prendraient des vacances”…

Et puis il y a eu les gens qui doutent, Eléonore, et tant d’autres encore engagées… Elle chante la sororité, la maternité, le viol, le corps, le harcèlement, le carcan moral…

” Mes chansons ne sont pas engagées, mais dégagées”



Une chanteuse engagée? Anne Sylvestre n’est pas vraiment d’accord avec ce terme. C’est “dégagé” expliquera t-elle. Dégagé parce qu’il faut bien des fois expliquer pourquoi on a envie de chanter ses propres petites chansons en y mettant ce qu’on a envie d’y mettre. Ce ne sont que des histoires, que des chansons répétait-elle.

Elle décriait beaucoup le fait que, pendant longtemps, il y avait eu peu de chanteuses et que celles-ci, chantaient ce que les hommes voulaient entendre.

Surnommée la Brassens à jupons, (terme qu’elle appréciait d’ailleurs assez peu, bien qu’elle ait eu de l’affection pour celui-ci), elle trouvait que cela n’avait rien de comparable. D’abord parce que c’était une femme, et puis parce qu’elle chantait ses propres textes”.

Anne Sylvestre s’est éteinte ce 30 novembre à l’âge de 86 ans suite à un AVC. Elle aura chanté toute sa vie comme personne, la liberté des filles, petites et grandes, et puis la liberté tout court. Celle d’aimer qui on veut, de faire ce que l’on veut de son corps, et tant de choses encore…

Alors même si tu es partie, nous n’oublierons jamais comment tu t’appelles… ( Comment je m’appelle est un titre d’Anne Sylvestre)

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